Rapport rédigé en octobre 2006 à la demande de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen
0. Introduction
La politique européenne à l’égard des élites arabes a fait preuve jusqu’à présent d’un manque de volontarisme certain. Depuis le lancement du processus de Barcelone en 1995, tout s’est passé comme si seules les élites gouvernementales étaient des interlocuteurs dignes d’intérêt, quelles que soient les modalités de leur accession au pouvoir et de leur exercice de l’autorité politique, et indépendamment des objectifs inscrits par l’Union européenne en tête de ses priorités dans la zone (libéralisation, démocratisation, respect de l’état de droit et des droits de l’homme, réformes de structure).
Deux séries de faits peuvent expliquer la position politique européenne. La première tient à l’histoire récente de la décolonisation et au désir légitime des gouvernements européens de ne plus intervenir dans la composition politique des régimes du Sud de la Méditerranée. En 1956, l’expédition de Suez avait marqué le début de la fin des interventions européennes dans le monde arabe, abandonné par la suite aux dynamiques d’une décolonisation parfois tumultueuse ainsi qu’à une domination américaine d’un genre et d’un style inédits. Cette position recelait néanmoins une contradiction : ne pas intervenir contre les régimes constitués au lendemain des indépendances revenait souvent dans les faits à intervenir en leur faveur. Quelques Etats européens, notamment la France, ont ainsi engagé des politiques de soutien actif aux Etats algérien, tunisien, marocain, égyptien et dernièrement libyen, entretenant en Méditerranée ceux que des observateurs tunisiens n’hésitent pas à nommer « les despotes de l’Europe » (1).
La deuxième série de faits tient à la méthode mise en œuvre lors du processus de Barcelone et à l’imposition parfois hâtive d’un schéma européano-centré sur des pays qui, selon toute évidence, ne connaissent ni rationalité administrative, ni transparence, ni « bonne gouvernance ». Les procédures administratives et diplomatiques mises en œuvre par l’Union européenne permettent certes de contrôler étape par étape les actions réalisées dans les pays du Sud de la Méditerranée ; dans un espace politique arabe peu institutionnalisé, autoritaire et violent, elles se sont néanmoins avérées globalement improductives. Visant à favoriser des réformes de structure dans le monde arabe, l’aide européenne a le plus souvent servi de ressource politique ou financière aux élites les plus rétives à la réforme (2).
Cette realpolitik a ainsi maintes fois montré ses limites : onze années après sa mise en œuvre, il n’est pas imprudent d’écrire qu’en matière de démocratisation, d’institutionnalisation des pouvoirs, de promotion des libertés publiques et des droits de l’homme, le processus de Barcelone est un échec. Ce bilan avait déjà été tracé en 2001 par un sénateur français (3) ; il semble malheureusement qu’il doive être répété aujourd’hui. Si de timides avancées ont été réalisées, notamment au Maroc ou en Jordanie, elles tiennent pour la plupart au cycle biologique du pouvoir (mort de Hassan II et de Hussein, avènement de Mohammed VI et Abdallah II) plus qu’à des politiques européennes qui, dans un contexte de pérennisation d’un pouvoir personnel (l’Egypte de Hosni Moubarak) ou impersonnel (l’Algérie des généraux), ont eu des effets contraires.
Plus gravement encore, la « zone de paix et de stabilité » promise par la déclaration de Barcelone apparaît aujourd’hui plus problématique qu’il y a dix années. Marquées par une répression sans précédent de toutes les forces politiques d’opposition (aussi bien révolutionnaires que réformatrices, laïques que religieuses), les années 1990 se sont terminées par l’explosion de la violence au Moyen-Orient (répression de l’Intifada d’al-Aqsa, invasion de l’Irak, réoccupation des territoires palestiniens, agression israélienne du Liban) et au cœur même de l’Occident (attentats de New York, Washington, Madrid, Londres). La situation actuelle est à la fois extrêmement violente et absolument précaire, démontrant qu’en matière de sécurité partagée comme en matière de progrès des libertés, la realpolitik européenne, marquée par la négociation avec les élites en place, était impuissante à enrayer les processus à l’œuvre dans la région.
Des alternatives à la relation exclusive et contre-nature entre l’Europe démocratique et les régimes autoritaires du Sud de la Méditerranée existent pourtant. Les élites gouvernementales, malgré leur emprise sur les différents espaces nationaux, sont concurrencées, de l’intérieur et de l’extérieur, par des élites « cadettes » qui sont prêtes à participer à des processus de prise de décision politique et économique plus conformes non seulement aux principes affichés par l’Union européenne mais également, à moyen et long terme, à l’objectif sécuritaire visé par la déclaration de Barcelone. La présente étude est en partie dédiée au repérage de ces élites cadettes, à la mise en évidence des dynamiques de leur formation, à l’évaluation de leurs projets de réforme et au degré de leur mise en réseau.
Dans une première partie, l’étude abordera les principaux obstacles à la stratégie européenne de réforme et de partenariat dans le monde arabe. Une deuxième partie sera consacrée à l’étude des élites en place. Dans une troisième partie, les élites cadettes seront analysées en fonction des modalités de leur émergence et de leur participation aux réformes. Enfin, une quatrième partie rassemblera des propositions d’action à court, moyen et long terme.
1. Problèmes généraux
L’impuissance de l’Union européenne à faire progresser les dossiers de la libéralisation politique et de la démocratisation dans le monde arabe tient à plusieurs éléments. Le premier et le plus important est lié à la nature des interlocuteurs choisis par l’Union : une politique de réforme appuyée sur des pouvoirs autoritaires semble a priori vouée à l’échec. Le second élément tient à la méthode de réforme mise en œuvre et à la conception des élites qu’elle implique : insister sur les réformes économiques de structure en espérant qu’elles entraîneront une libéralisation politique pourrait porter ses fruits dans un espace politique institutionnalisé. Dans des espaces politiques autoritaires, cela revient à adouber les élites en place et à empêcher la formation de ces élites alternatives sans lesquelles la démocratisation est illusoire. Le troisième élément est relatif au discours établi de la « spécificité » des espaces politiques arabes, qui sert de socle « anthropologique » à la politique du statu quo. Le quatrième élément concerne la notion même de réforme, qui est devenue aujourd’hui, paradoxalement et malheureusement, l’un des prétextes maniés par les pouvoirs arabes pour justifier… l’absence de réformes. Nous présenterons enfin la méthodologie de cette étude, centrée sur l’examen de six pays arabes, le Maroc et l’Algérie au Maghreb, l’Egypte et la Jordanie au Machrek et l’Arabie Saoudite et le Yémen dans la péninsule arabique.
1.1. De la démocratisation « par le haut »
La politique européenne d’encouragement aux réformes dans les pays arabes trouve tout d’abord ses relais au cœur même des pouvoirs autoritaires que les réformes sont destinées à bousculer. De cette contradiction, l’action européenne au sud de la Méditerranée ne parvient pas à se défaire. Cette contradiction mine les procédures régulant l’aide européenne aux « sociétés civiles » du Sud, aide suspendue à l’accord des pouvoirs mêmes contre lesquels ces « sociétés civiles » tentent de s’affirmer. Elle grève également les relations interpersonnelles nouées, de part et d’autre de la Méditerranée, entre les élites des anciens pays colonisateurs et celles des pays arabes. Entérinée par les textes et par les pratiques, cette préférence donnée aux pouvoirs constitue très clairement le premier obstacle à toute réforme politique, institutionnelle, économique ou sociale. L’observateur le mieux disposé à l’égard de l’Union européenne peut aller jusqu’à se demander si la réforme est bien l’objectif poursuivi par Bruxelles – ou si les poncifs que sont devenus les « encouragements à la société civile », le « respect de la démocratie » ou les « droits de l’homme » ne sont pas autant de leurres naïvement ou savamment disposés pour détourner l’attention des basses œuvres du « business as usual ».
Cette prime donnée a priori aux élites en place, supposées toujours « plus laïques », « moins extrémistes », « plus démocratiques », en un mot, « plus fréquentables » que leurs oppositions (on verra en 2. ce qu’il faut penser de ces qualificatifs), nous semble être un obstacle majeur au renouvellement des élites arabes, à la mobilité sociale et politique dans les sociétés du sud de la Méditerranée et à la consolidation de liens francs et confiants entre l’Europe démocratique et ses voisins méridionaux. Certes, le soutien européen n’est pas la seule raison de la pérennité de formules autoritaires issues d’une histoire complexe et entretenues nolens volens par la politique américaine au Moyen-Orient. Il n’en est pas moins extrêmement pénible de constater que, partout où il serait possible de souligner les manquements à la démocratie et de sanctionner des élites gouvernementales fautives, voire criminelles, tout en permettant à leurs concurrents de progresser, la politique des petits pas appliquée par Bruxelles aboutit en fait à donner aux élites en places des raisons supplémentaires de durer, fût-ce au mépris des principes « démocratiques » affichés.
Un récent exemple le montre avec éclat : celui des élections présidentielles yéménites du 20 septembre 2006, placées sous la surveillance d’observateurs dépêchés par l’Union. Au terme du scrutin, le président Ali Abdallah Saleh a été réélu à 77 % des suffrages après une campagne pâlotte qui portait notamment, comble de l’insolence, sur le thème de « l’alternance pacifique à la tête de l’Etat ». De leur côté, les cinq partis de la coalition d’opposition, « La rencontre partagée » (qui réunit, fait notable, les islamistes de l’Islah et les socialistes de l’ancien parti unique sud-yéménite), malgré leur campagne triomphale autour du refus du « système Saleh » (corruption, détournement de pans entiers du budget national et tentative de monarchisation de la république), n’ont récolté qu’un maigre score de 21 %. Le président sortant a semble-t-il du sa réélection à la fois à la fraude électorale lors du scrutin, à des pressions et menaces multiples sur les électeurs avant le vote et au vote « encadré » des militaires, sommés par leur hiérarchie de « bien voter ». Qu’on ajoute le double attentat contre des installations pétrolières, miraculeusement déjoué à quelques jours du scrutin, et la promesse de Saleh de mettre en circulation dans l’espace économique national les 4,5 milliards de dollars fournis par un prêt financé en partie par l’Union européenne, et l’on aura un tableau complet de la « réélection démocratique » de celui qui préside depuis 1978 aux destinées du Yémen.
Selon l’opposition yéménite, pas moins de deux millions de voix auraient été ravies aux électeurs par le parti au pouvoir, au moyen de pressions, de menaces, de subtilisation d’urnes et autres irrégularités pré- ou post-scrutin (4). Environ 6 millions de Yéménites ayant participé aux élections, si le chiffre fourni par l’opposition est exact, le président Saleh a bel et bien volé la victoire au candidat de la « Rencontre partagée », Faysal bin Shamlan, avec la bénédiction non seulement des bailleurs de fond internationaux, mais également des observateurs de l’Union européenne. Tard arrivée sur un terrain électoral miné depuis plusieurs mois par les pressions du parti au pouvoir et les malversations des réseaux du président, manifestement insuffisamment équipée pour décrypter la situation politique locale et fondant ses observations sur l’examen de seulement 3, 85 % des bureaux de vote du pays (1 040 bureaux sur 27 000) (5), la délégation européenne n’en a pas moins lavé le pouvoir yéménite de toute accusation grave, déclarant que les élections avaient dans l’ensemble été transparentes et équitables.
1.2. De la démocratisation « de surcroît »
L’Union européenne servant, en ses projets méditerranéens, de ressource politique et parfois économique à des pouvoirs autoritaires et violents : telle est l’image d’ensemble qui se dégage de « partenariats » limités à une relation exclusive avec les élites gouvernementales arabes. Ce désintérêt pour le fonctionnement des sociétés, pour les élites non-gouvernementales et pour les diverses mobilisations politiques, laïques ou à référent religieux, renvoie à l’idée, qui découle des principaux textes régissant le processus de Barcelone, d’une démocratisation émanant « de surcroît » de mesures structurelles de libéralisation macro-économique. Une telle idée, qui peut être un fil directeur utile pour qui voudrait écrire l’histoire de la démocratisation de l’Europe du 18e siècle à nos jours, s’avère, appliquée à la politique étrangère de l’Union, à la fois aléatoire et dangereuse.
Aléatoire, car on voit mal en quoi la « libéralisation » d’économies grevées par les monopoles publics et privés, les clientélismes, l’absence d’état de droit et la confusion entre bien public et bien privé provoquerait autre chose que la consolidation des monopoles et des réseaux clientélistes, assortie d’une généralisation de l’abus de bien social. Les exemples de la politique d’infitah (ouverture) égyptienne dans les années 1970 et des « réformes » macro-économiques saoudiennes du début des années 2000 montrent que la libéralisation d’économies de type féodal, loin de provoquer la libération des énergies et l’encouragement à la société civile tant attendus, renforce au contraire les grandeurs établies et les clientèles existantes (6). Par ailleurs, des réformes macro-économiques mises en œuvres sans le contrôle d’organes démocratiques et représentatifs peuvent s’avérer contre-productives. A la politique de réformes économiques sans réforme politique menée par le gouvernement jordanien au début des années 2000, un homme d’affaire d’Amman répondait ainsi : « En l’absence d’un Parlement, des décisions importantes sont prises sans les contrôles et l’équilibrage requis. Par exemple, l’adhésion de la Jordanie à l’OMC et le traité de libre-échange avec les Etats-Unis ont été signés dans la hâte, sans que l’intérêt général de la Jordanie soit pris en compte ; de bien meilleurs traités auraient pu être négociés » (7).
Cette conception de la démocratisation n’est pas seulement aléatoire : elle est également dangereuse en raison des risques à la fois humains, sociaux et migratoires liés au maintien de gouvernements corrompus et autocratiques à proximité immédiate de l’Union. Que l’éligibilité au programme MEDA ne soit pas conditionnée par des clauses politiques (droits de l’homme, gouvernance, etc.) revient non seulement à paralyser l’action de l’Union dans la zone, mais également à pérenniser à ses portes un système où inégalités économiques, répression et usage immodéré de la violence d’Etat (notamment dans les cas égyptien et algérien, mais également en Tunisie, en Syrie, en Libye, etc.) composent un cocktail pour le moins explosif.
Cette conception illusoire d’une démocratisation jaillissant toute armée de mesures d’ajustement structurel dans les domaines budgétaire, commercial et juridique s’avère également dangereuse par l’idée des élites qu’elle véhicule. En effet, si l’avènement de l’état de droit doit découler de réformes de structure, la question du personnel politique, de ses affiliations, de ses réseaux, de ses clientèles et de ses instruments de pouvoir se pose moins : on présume que les élites au pouvoir en valent bien d’autres et que leur maintien en poste, en dépit de leurs violations répétées de toutes les procédures qui, à des yeux européens, représentent l’état de droit, est jugé contribuer, par un tour de passe-passe audacieux, à l’avènement de cette démocratie même dont elles sont dans les faits les adversaires les plus acharnés.
1.3. De la « spécificité » des espaces politiques arabes
Les théories de la démocratisation « par le haut » (par les élites, fussent-elles corrompues et autoritaires) et « de surcroît » (comme le résultat improbable de politiques d’ajustement qui in fine renforcent le pouvoir des élites gouvernementales) contribuent au remarquable statu quo politique dans le monde arabe, que les observateurs extérieurs nomment « stabilité » tandis que les observateurs arabes le déplorent comme « stagnation ». Deux éléments renforcent cet immobilisme. Le premier est lié à un certain usage politique de la « spécificité » des espaces politiques arabes. De l’Arabie Saoudite à l’Algérie, les analystes du « particularisme » (khusûsiyya) arabe soutiennent que les espaces politiques du sud de la Méditerranée ne sont pas prêts pour la démocratie, soit parce que celle-ci est étrangère à leur patrimoine culturel (c’est la position saoudienne par exemple), soit parce que la démocratisation n’intervient qu’au terme d’un processus que l’Europe a achevé et que le monde arabe commence à peine à entamer (telle est par exemple la position de la France à l’égard de ses anciennes colonies maghrébines).
Les espaces politiques arabes sont évidemment distincts à bien des égards des espaces politiques européens. Pratiques étatiques violentes, usage intensif de la torture, clientélisme généralisé et désamorçage des champs politiques ne constituent pas pour autant une spécificité culturelle irréductible, mais bien plutôt sont le résultat d’un processus historique extrêmement banal et transposable à d’autres régions du globe (les points de comparaison entre les Etats arabes contemporains et les Etats d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980 sont très nombreux). Cette spécificité historiquement construite nécessite des moyens d’action particuliers, et ne saurait être érigée en excuse par des Etats européens désireux, pour des raisons commerciales ou sécuritaires, de fermer les yeux sur les pratiques de leurs homologues arabes.
Brandi par les pouvoirs arabes lors de l’annonce par Washington de son projet de « Greater Middle East », l’argument de la spécificité culturelle ou religieuse a sans surprise été repris par les chefs d’Etat européens les plus soucieux de se démarquer de la politique américaine, notamment par le président français Jacques Chirac (8). La volonté européenne de remettre en cause un volontarisme américain parfois naïf et relayé par les pans les moins légitimes des sociétés civiles (notamment en Irak) est légitime et nécessaire. Qu’elle revienne à abonder dans le sens des pouvoirs autoritaires affaiblit considérablement la position de l’Union, critiquée à juste titre aux Etats-Unis pour sa pusillanimité et son soutien apporté aux ennemis de la démocratie. Le seul choix rationnel et légitime ne consiste ni à soutenir les gouvernants arabes (politique française au Maghreb, politique américaine dans la péninsule arabique et en Egypte), ni à prétendre les remplacer par les secteurs les moins légitimes des sociétés arabes (politique américaine en Irak), mais à prendre la mesure des rapports de force existants et à encourager toutes les forces qui sont amenées à participer aux espaces politiques arabes.
1.4. De la « réforme »
Les usages de la « spécificité » culturelle locale ne suffiraient néanmoins pas à empêcher tout progrès de la région vers l’ouverture politique. Participent également à la stagnation les usages de la notion de « réforme » par les Etats arabes, qui ont sans exception adopté une phraséologie indéfiniment réformiste destinée à masquer les jeux et enjeux réels des pouvoirs. Oscillant du discours antidémocratique de l’« exception » à celui de la « réforme », les pouvoirs gouvernementaux arabes envoient des signaux contradictoires sans que cela ne semble choquer les bailleurs de fonds internationaux. La pléthore de discours portant sur la réforme ne saurait en tout état de cause tromper sur la nature des pouvoirs arabes et sur l’incapacité des élites gouvernementales à faire évoluer de façon sensible les équilibres politiques dans la région.
En effet, d’une part, les ouvertures timides que connaissent ou ont connu plusieurs Etats arabes (l’Algérie avant 1991, la Jordanie depuis 1989, le Yémen entre 1991 et 1994, l’Egypte, l’Arabie Saoudite et le Maroc aujourd’hui), caractérisées par l’insistance sur les notions de « société civile », de « pluralisme » et de « démocratisation », ont généralement abouti à un renforcement du contrôle des Etats sur les sociétés, soit au moyen de mécanismes administratifs et bureaucratiques de surveillance, soit par le biais d’une cooptation accrue des élites sociales à qui une existence légale était octroyée (9). D’autre part, la politique de multiples et inefficaces « réformes à perpétuité » (10) mise en place par les régimes arabes, des réformes fiscales à celles de l’enseignement en passant par la réforme du discours religieux et de l’emploi, masque souvent l’immobilisme de « réformes sans changement » (11) tout en donnant aux observateurs extérieurs, institutions financières ou partenaires stratégiques, une trompeuse impression de mouvement.
Le « réformisme » comme posture contre la réforme comme action effective : on peut résumer ainsi l’attitude des pouvoirs arabes, qui canalisent, récupèrent et paralysent une partie de leurs opposants en internalisant à petites doses un certain discours contestataire. Les régimes arabes parviennent ainsi à noyer la nécessité de réformes de fond, notamment en matière de structure des dépenses publiques ou de qualité des systèmes juridiques, dans le discours-fleuve de la « démocratisation » et de l’encouragement de la « société civile ».
1. 5. Méthodologie de l’étude
Cette étude porte sur six pays arabes, trois monarchies (le Maroc, la Jordanie et l’Arabie Saoudite) et trois républiques (l’Algérie, l’Egypte et le Yémen). L’intérêt de l’étude comparée des deux systèmes de gouvernements que connaît le monde arabe permet de relativiser la distinction entre monarchies et républiques arabes : il apparaît à l’analyse que les mêmes mécanismes, ici et là, entravent la participation politique des élites constituées à l’extérieur des groupes dominants. La ligne de démarcation la plus judicieuse semble être celle qui distingue les systèmes fondés sur un pouvoir individuel de ceux où le pouvoir est collégial. Le Maroc, l’Egypte, la Jordanie et le Yémen appartiendraient au premier groupe, tandis que l’Arabie Saoudite et l’Algérie relèveraient du second : dans ces deux derniers cas, le pouvoir réel est en effet exercé par un groupe de pairs relativement restreint (les grands princes dans le cas de l’Arabie, les principaux généraux dans celui de l’Algérie).
La permanence, dans toutes les sociétés arabes, d’une frontière très claire entre les élites gouvernementales (le parti au pouvoir en Egypte et au Yémen, les proches de la famille royale en Jordanie, en Arabie Saoudite et au Maroc, le « club des pins » en Algérie) et l’immense majorité de la société relativise néanmoins cette division. Le monde arabe est caractérisé en général par la distinction tranchée entre « pays légal » et « pays réel », entre forces autorisées à participer au jeu politique et forces interdites de participation, entre élites ralliées ou cooptées et élites réfractaires ou contre-élites, entre Etat et société, cercles autorisés et réseaux informels, etc. Dans l’ensemble de la zone, les rapports de pouvoir sont systématiquement recouverts par un « maquillage parlementaire » (12) plus ou moins habile. Même la très monarchique Arabie Saoudite s’est dotée en 1992 d’une institution-croupion, le Conseil consultatif qui, bien que nommé par le roi, n’est pas moins traité par l’Union européenne au même titre, par exemple, que la très dynamique Assemblée nationale (élue au suffrage universel) koweïtienne. Partout ailleurs, élections truquées et pressions plus ou moins violentes sur les sociétés assurent ce que la nomination garantit en Arabie Saoudite, à savoir l’obéissance due par les parlementaires au pouvoir exécutif.
Notre étude est particulièrement nourrie du contexte de la péninsule arabique, encore relativement peu connu des cercles aussi bien académiques que politiques européens. L’Arabie Saoudite présente notamment un intérêt certain comme observatoire du monde arabe : la monarchie y a en effet reproduit la plupart des pratiques des autres Etats arabes, tout en faisant l’économie, grâce à sa position-clé sur le marché mondial du pétrole, de bon nombre de paravents « démocratiques » et « réformistes ». Ailleurs masqués et maquillés, les mécanismes de pouvoir communs aux Etats arabes se donnent ici à voir sans far et à nu. Le poids de l’Arabie Saoudite dans l’économie politique régionale justifie par ailleurs très largement qu’on s’y intéresse en priorité.
2. Les élites au pouvoir
A la question de savoir si les élites au pouvoir dans le monde arabe sont des points d’entrée pour les réformes, la réponse est très clairement négative, et s’appuie non seulement sur onze années de partenariat euro-méditerranéen, mais également sur les pratiques politiques des régimes arabes depuis trente ans. Les principales caractéristiques des interlocuteurs actuels de l’Union européenne sont les suivantes : les élites gouvernementales arabes sont violentes, prédatrices, casanières et ne répugnent pas à tenir un double, voire un triple discours.
2.1. Des élites violentes
Le cas égyptien résume bien la situation politique dans l’ensemble du monde arabe : depuis son arrivée au pouvoir en 1981, Hosni Moubarak a eu « recours à la fois à la répression et à la cooptation pour faire taire les islamistes radicaux. Il a gouverné pendant vingt ans sans introduire de changement notable dans la coalition au pouvoir. […] Il est fermement et résolument soutenu par les Etats-Unis et considéré comme un allié dans la mesure où il a maintenu les accords de Camp David et respecte la paix avec Israël. C’est pourquoi les Etats-Unis ferment les yeux sur les entorses aux droits de l’homme, la continuelle répression et la violence exercée contre les opposants politiques » (13).
L’emploi conjugué de la répression la plus violente (dont le bilan en Algérie s’est soldé par quelques 200 000 morts pendant les années 1990) (14) et de la cooptation la plus insolente (qui paralyse une part non chiffrable, mais non négligeable, des budgets nationaux) a fait de la terreur et de l’avidité les deux principales passions politiques dans le monde arabe. La violence n’est pas uniquement physique, mais s’exprime également par la pratique courante de la délation, des fausses rumeurs et de la manipulation de l’opinion. Les pratiques de cooptation et de division du champ politique ont ainsi atteint leur apogée dans tous les pays de la zone. En Algérie par exemple, « qu’une Ligue des droits de l’homme se crée […], et le pouvoir en fait émerger deux autres. Qu’un parti politique gêne et les dissidences s’y multiplient et s’étalent quotidiennement dans la presse, après qu’un autre, discrètement aidé, a contribué à diviser les troupes du gêneur. Qu’un responsable politique se révèle par trop dérangeant, et la fronde de ses concurrents prendra soudain de l’ampleur » (15).
Ces stratégies de pouvoir ont progressivement paralysé toute tentative de participation des élites civiles, contraignant celles-ci à recourir à des stratégies informelles et à devenir des contre-élites pour s’affirmer. Comme le montre l’un des dirigeants des Frères musulmans égyptiens dans un article récent, les responsabilités du recul de la démocratie dans le monde arabe ne sont pas à chercher dans la culture locale ou dans l’islam, mais bien dans le comportement des différentes élites arabes, gouvernementales et officielles, intellectuelles et économiques (16).
2.2. Des élites prédatrices
Arc-boutées sur la maîtrise de budgets nationaux opaques, qui sont alimentés en majorité par des revenus extérieurs à l’économie nationale (rente pétrolière et gazière ou aide internationale), les élites gouvernementales contrôlent la grande majorité des économies arabes, même lorsque des mesures de libéralisation ont contribué à démanteler les secteurs publics : chaque privatisation est en effet l’occasion de la constitution d’un nouveau fief, équivalent dans le secteur privé de ce que la « mafia bureaucratique » (17) est au secteur public. Les monopoles industriels et commerciaux sont ainsi distribués en fonction des affinités familiales, régionales et politiques, au mépris de toute libéralisation effective des économies arabes. Et la cooptation politique se traduit, sur le terrain économique, par la prédation et la distribution élective.
Dans ce cadre, sauf une minorité privilégiée, les élites économiques elles-mêmes sont paralysées par les élites politiques. Le secteur privé saoudien est un bon exemple en l’occurrence : son développement est entravé par le centralisme et l’autoritarisme découlant de la distribution des ressources par un acteur unique, l’Etat ; les entreprises souffrent de la complexité bureaucratique et de la corruption financière et administrative, qui constituent autant de barrières à leur libre activité. La pléthore de fonctionnaires et d’administrations ainsi que l’absence totale de transparence des procédures complète la liste des handicaps imposés à tout entrepreneur. En conséquence de cet état de fait, le secteur privé dépend presque uniquement des dépenses publiques ; en l’absence de législation protégeant le travail national, il est contraint de se reposer sur une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse, mais pauvrement formée et non-arabophone ; l’indigence des institutions éducatives nationales ne permet pas de doter l’encadrement de la formation adéquate ni de la maturité managériale requise ; le secteur public, propriétaire lui-même de nombreuses activités commerciales, est un concurrent déloyal en plus d’être un partenaire peu fiable ; les institutions financières et juridiques nationales ne parviennent pas à réguler l’activité économique, présentant le paradoxe d’un Etat à la fois omniprésent et impuissant ; enfin, l’industrie et les services locaux, peu encouragés par les politiques publiques, ne sont pratiquement pas protégés de la concurrence internationale (18).
La formule générale des élites au pouvoir dans leur rapport à leur société et aux autres élites (économique, culturelle, religieuse) constituées dans les marges du pouvoir d’Etat pourrait être ainsi empruntée à l’Arabie Saoudite, où il est courant de dire que « les princes sont à la fois le problème et la solution » ; en d’autres termes, les élites gouvernementales n’apportent de solution qu’aux problèmes qu’elles ont déjà préalablement posés. Ce cercle vicieux de la corruption est transposable dans l’ensemble du monde arabe ; il explique qu’en dépit des libéralisations annoncées, des adhésions à l’OMC, des diverses mesures de transparence mises en œuvre, les économies politiques de la région restent monopolisées par un nombre d’acteurs réduit.
2.3. Des élites casanières
En nombre limité, les élites gouvernementales arabes sont également extrêmement fermées et ont tendance à se reproduire de manière automatique, excluant tout nouveau prétendant du cercle du pouvoir. La légende, née au tournant des années 2000, des « nouveaux leaders » arabes a fait long feu : arrivés au pouvoir après la mort de leur père, Mohammed VI, Abdallah II, Bashar al-Assad, en bons héritiers, n’ont guère fait de vagues. Abdallah d’Arabie Saoudite, monté sur le trône après dix années de régence, n’a pas non plus modifié profondément la donne politique nationale (19), tandis que Hosni Moubarak et Ali Abdallah Saleh préparent leurs opinions publiques respectives à l’idée de leur voir succéder… leurs fils.
Fermées, les élites arabes ne le sont pas seulement face à leur propre société, mais également à l’égard des autres pays arabes. Les tensions régionales sont systématiquement manipulées en fonction d’agendas politiques nationaux, tandis que les projets d’intégration régionale sont très peu nombreux et, lorsqu’ils existent, sont transformés en instruments de domination d’un pays au détriment de ses partenaires. Tel est le cas par exemple du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe (CCEAG) qui, créé en 1981 par l’Arabie Saoudite, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Emirats arabes unis et Oman, est un instrument d’hégémonie saoudienne dans une péninsule arabique divisée par l’héritage de la présence coloniale britannique.
La seule ressource que les élites gouvernementales tiennent à mutualiser est la politique sécuritaire et la répression. Essentielle à leur survie, la politique de lutte contre le terrorisme est gérée, en ce qui concerne aussi bien l’harmonisation de la répression que la communication avec l’environnement international (notamment européen) par le Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, dont le Secrétariat général est à Tunis. En l’absence de contrepoids aux élites gouvernementales, la politique de lutte contre le terrorisme s’assimile souvent, en pratique et dans les textes adoptés par le Conseil des ministres de l’Intérieur, à une politique de répression de toute forme d’opposition ou de contestation, même lorsque ses auteurs sont pacifistes ou réfugiés politiques sur le territoire européen (20).
2.4. Des adeptes du double, voire du triple discours
La dernière caractéristique notable des élites gouvernementales arabes est qu’elles manient des discours distincts, parfois contradictoires, selon les interlocuteurs auxquels elles s’adressent. On peut grossièrement distinguer trois grands discours de pouvoir : le premier est destiné aux peuples arabes, le second aux bailleurs de fond et le troisième aux partenaires sécuritaires. A l’intérieur, les élites en place se caractérisent par leur maniement constant de la référence islamique – au point qu’il n’est pas inexact d’affirmer que les premiers inventeurs de ce qu’on nomme en Europe « fondamentalisme islamique » sont les Etats arabes. De la re-création, en 1987, du Comité des grands oulémas par la très « laïque » république tunisienne à l’instrumentalisation quotidienne de leurs Grands muftis par l’Egypte ou l’Arabie Saoudite, les élites gouvernementales arabes pratiquent un « islam officiel » qui, le plus souvent formaliste et superficiel, est destiné à légitimer leur position hégémonique dans les espaces nationaux et à décrédibiliser la contestation sociale, économique et politique portée par les mouvements islamistes.
La récente « affaire des caricatures » en Arabie Saoudite est un bon exemple du fonctionnement de ce « fondamentalisme d’Etat » : lancée par des milieux d’affaires proches du pouvoir, la violente campagne anti-européenne du début de l’année 2006 visait apparemment à détourner des Etats-Unis la colère persistante de l’opinion publique et à la fixer sur le… Danemark. Fait notable, aucun mouvement islamiste saoudien ne s’est associé à la campagne de boycott des produits danois, tandis que le « débat » créé artificiellement par le pouvoir et présenté à l’Europe comme un « débat populaire » (sic) a avorté au bout de deux semaines, l’opinion publique saoudienne percevant manifestement l’absurdité de la criminalisation de l’un des moins belliqueux des pays occidentaux.
Volontiers fondamentalistes à l’intérieur, les élites adoptent à l’extérieur un discours bien différent. Aux bailleurs de fond est réservé l’éloge de l’état de droit, le « réformisme sans réformes » déjà analysé et un discours convenu sur la nécessité de progresser à pas comptés vers la démocratie. Aux partenaires sécuritaires enfin sont présentés les réquisits et les progrès de la lutte contre le terrorisme, et les régimes arabes se prétendent systématiquement le « dernier rempart » contre la « barbarie islamiste ». Cette aptitude à manier un double, voire un triple discours, est peu notée ; elle constitue néanmoins un pan non négligeable de l’activité quotidienne des pouvoirs arabes, extrêmement soucieux de « bien communiquer » aussi bien en direction des opinions arabes qu’avec les pays occidentaux.
Notes
1 - Cf. Sihem Bensedrine et Omar Mestiri, L’Europe et ses despotes. Quand le soutien au « modèle tunisien » dans le monde arabe fait le jeu du terrorisme islamiste, La Découverte, Paris, 2004.
2 - Les récentes élections présidentielles yéménites en fournissent un exemple frappant. Cf. plus bas, partie 1.1.
3 - Cf. Louis Le Pensec, Rapport d’information fait au nom de la délégation du Sénat pour l’Union européenne sur l’état d’avancement du partenariat euro-méditerranéen, http://www.senat.fr/rap/r01-121/r01-1211.pdf.
4 - Al-Jazeera, 24 septembre 2006.
5 - Al-Jazeera, 22 septembre 2006.
6 - Sur l’exemple saoudien, cf. Steffen Hertog, « Building the Body Politic: Emerging Corporatism in Saudi Arabia », Chroniques yéménites, CEFAS, Sanaa, n° 12, 2005. Sur les conséquences de l’infitah en Egypte, on pourra lire le roman de Sonallah Ibrahim, Les années de Zeth, Actes Sud, Arles, 2002.
7 - Cité par ICG, The Challenge of Political Reform : Jordanian Democratisation and Regional Instability, Briefing ICG, 8 octobre 2003, p. 7.
8 - Au sommet de Sea Island en juin 2004, le président français a déclaré que les Etats arabes n’avaient pas besoin de « missionnaires de la démocratie » et qu’il fallait respecter « les processus locaux d’ouverture politique » (cité par Saïd Mestiri, « Les spécificités fallacieuses », www.kalimatunisie.com/num26/index26.htm).
9 - Cf. Quintan Wiktorowicz, “Civil Society as Social Control: State Power in Jordan”, Comparative Politics, vol. 33, No. 1, Oct. 2000, p. 43-61.
10 - Béatrice Hibou, La force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, 2006, p. 296.
11 - Mohammed Tozy, « Représentations/intercessions : les enjeux de pouvoir dans les champs politiques désamorcés au Maroc », in M. Camau (dir.), Changements politiques au Maghreb, Paris, CNRS Editions, 1992, p. 153-168.
12 - Muhammad bin Sunaytan, Les élites saoudiennes. Transformations et faillites (en arabe), Markaz dirasat al-wahda al-arabiyya, Beyrouth, 2004, p. 91.
13 - Diane Singerman, « Réseaux, cadres culturels et structures des opportunités politiques. Le mouvement islamiste en Egypte », in M. Bennani-Chraïbi et O. Fillieule, Résistances et protestations dans les sociétés musulmanes, Presses de Sciences-Po, Paris, 2003, p. 240.
14 - Cf. Hocine Aït-Ahmed, « Pourquoi l’omerta sur la Françalgérie ? », conférence prononcée le 28 juin 2004 à l’Assemblée nationale française, http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/conf_manif/haa_francalgerie.htm.
15 - José Garçon, Préface à Djallal Malti, La Nouvelle guerre d’Algérie, La Découverte, Paris, 1999, p. 17.
16 - Isam al-Aryan, « La responsabilité des élites arabes dans le recul de la démocratie » (en arabe), in Ali al-Kuwari (dir.), La crise de la démocratie dans les pays arabes, Dar as-Saqi, Beyrouth, 2004.
17 - Oussama Abderrahman, La bureaucratie pétrolière et l’énigme du développement. Introduction à l’étude de l’administration du développement dans les pays producteurs de pétrole de la péninsule arabique (en arabe), Koweït, al-Majlis al-watani li-th-thaqâfa wa al-funûn wa al-âdâb, 1982, p. 57.
18 - Cf. Marzuq bin Sunaytan bin Tinbak, L’élite, des postures patriotiques aux pratiques favoritistes (en arabe), Dâr al-ma‘âref, Le Caire, 1993.
19 - Cf. Pascal Ménoret, « Arabie Saoudite : un début de règne crépusculaire », Ramsès, IFRI-Dunod, Paris, 2007.
20 - Cf. Sihem Bensedrine et Omar Mestiri, L’Europe et ses despotes, op. cit., ch. 3 : « Tunis, capitale régionale de la sécurité ».
Pascal Ménoret, automne 2006
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