Vendredi 5 janvier 2007

Traduit de l’anglais par Pascal Ménoret

Oussama Ben Laden

Le lecteur américain est en général plus heureux que son homologue français. Tandis que de multiples écrans de fumée continuent d’obscurcir le « débat » hexagonal sur Oussama Ben Laden, communément assimilé en France à un monstre affranchi de toute rationalité ou à un enfant de la télé et de l’ère du clip (1), plusieurs livres récemment parus outre-Atlantique rappellent une fort utile vérité : ce n’est pas en mésestimant son ennemi qu’on le combat le mieux (2). Le dernier de ces ouvrages est le recueil des principaux discours et interviews d’Oussama Ben Laden, pour la première fois rassemblés et proposés au public occidental. Pourquoi lire Ben Laden, puisque ses véritables œuvres complètes semblent être la suite des attentats d’al-Qaïda ? Un personnage aussi dangereux mérite-t-il qu’on s’arrête à ses élucubrations ? Oui, trois fois oui : c’est la position défendue dans son avant-propos par Bruce Lawrence, maître d’œuvre de Messages to the World. The Statements of Osama Bin Laden (3). Voici une traduction française de ce texte (4) qui, s’il n’échappe ni à la discussion, ni à la critique, a le mérite insigne de poser la question Ben Laden sur des bases – enfin – solides.


Bien qu’Oussama Ben Laden soit devenu une figure de légende en Occident (pour ne rien dire du monde arabe), le corpus que constituent ses déclarations n’a pas encore été communiqué au public. Des fragments épars en ont bien été cités et, quoique plus rarement, quelques discours ont été reproduits ici et là par la presse. Mais des pressions officielles ont fait en sorte que son propos soit tacitement censuré, comme s’il était trop dangereux de l’écouter sans coupures ni interruptions. Cela ne signifie pas que les messages d’Oussama Ben Laden n’aient pas trouvé de public : ils en ont trouvé un, mais uniquement en passant sous la ligne de flottaison du discours officiel de lutte contre le terrorisme tenu par les media et les appareils d’Etats, et en pénétrant une sphère alternative, principalement réservée, jusqu’à présent, aux seuls arabophones. Si ses discours sont très littéraires, sa notoriété est pourtant amplifiée par une ère de l’information dont il maîtrise parfaitement les techniques. En dix années, une période qui coïncide avec l’émergence d’un univers virtuel, de l’imprimerie à l’Internet et du fil au sans-fil, Oussama Ben Laden et ses partenaires ont élaboré une série de déclarations calibrées avec soin et diffusées par les nouveaux media. On y trouve des interviews avec des journalistes arabes et occidentaux, des lettres manuscrites scannées sur des CD-Rom, des fax, des cassettes audio et surtout des enregistrements vidéo diffusés par la première chaîne de télévision indépendante du monde arabe, Al-Jazeera. Ces textes sont ici rassemblés pour la première fois. Ils permettent enfin de discuter de manière informée et critique les thèses d’Oussama Ben Laden, qui ne sont plus réservées aux agences officielles et aux experts en contre-terrorisme. Pour bien les comprendre, il est nécessaire de revenir à la biographie de leur auteur.

De Djedda à Tora Bora

Né en 1957 en Arabie Saoudite, Oussama Ben Laden est le fils d’un immigré yéménite analphabète originaire du Hadhramaout. Entrepreneur en bâtiment, Mohammed Ben Laden avait remporté les contrats de rénovation des deux Saintes Mosquées avant de devenir un homme de confiance de la famille Al Saoud. A sa mort brutale en 1968, alors qu’Oussama Ben Laden avait 10 ans, il légua une fortune de 11 milliards de dollars à ses 54 enfants, nés de 20 mères différentes. La mère d’Oussama Ben Laden était syrienne ; elle fut promptement répudiée par son mari et épousa un autre Yéménite. Oussama étudia à la faculté de management et d’économie de l’Université du roi Abdelaziz à Djedda. Etudiant passable, il suivit pourtant des cours d’études islamiques avec Abdallah Azzam et Mohammed Qutb, qui semblent l’avoir profondément influencé. Abdallah Azzam (1941-1989), un Frère musulman palestinien, a étudié au début des années 1970 à l’Université d’al-Azhar, au Caire, avant de s’installer en 1978 à Djedda. Mohammed Qutb est le plus jeune frère de Sayyed Qutb, le penseur égyptien qui avait été, avant son exécution en 1966, la voix la plus puissante de la révolte islamique radicale contre le nationalisme arabe et l’hégémonie occidentale. Oussama Ben Laden date sa propre prise de conscience politique de 1973, pendant le pont aérien américain qui permit à Israël de vaincre l’Egypte et la Syrie dans la guerre du Kippour, le roi Faisal imposant un embargo pétrolier temporaire à l’Occident.
Après avoir quitté l’université sans avoir obtenu de diplôme, Oussama Ben Laden entra dans l’entreprise de construction fondée par son père. Il fit montre de son aptitude à gérer différentes activités, et semble avoir amassé une fortune personnelle conséquente, bien qu’inférieure à de nombreuses estimations ultérieures. Encore un très jeune homme, il semble s’être porté volontaire ou avoir été choisi par Riyad pour participer à l’organisation du flux de financements et d’équipements saoudiens destinés aux mudjahidin qui avaient pris les armes contre le régime pro-soviétique afghan. Il avait 23 ans lorsqu’il arriva pour la première fois à Peshawar, à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il travailla avec Azzam, écrivant dans son bulletin gratuit Al-Djihad, tout en mettant en place ses propres activités : une auberge accueillant les recrues arabes du djihad contre l’URSS. Appelée Sijjil al-qa‘ida, « Registre de la base », elle allait bientôt devenir célèbre sous le nom d’al-Qa‘ida, « La base ». A cette époque, Oussama Ben Laden collaborait étroitement avec les services secrets pakistanais, l’ISI (Inter-Service Intelligence), et avec la CIA, les deux autres tuteurs des mudjahidin. Il semble n’être pas très fier de ses rapports avec la CIA (il les a niés par la suite), mais nous n’avons pas de preuve de son dilemme moral de l’époque. Grâce aux financements américains et saoudiens et grâce à sa propre expérience des affaires, il participa à la construction de bases dans les montagnes, notamment le complexe des grottes de Tora Bora, et de camps d’entraînement à la frontière. Il semble ensuite avoir courageusement combattu dans les environs de Jalalabad, parmi les milliers de volontaires arabes engagés dans la guerre contre l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Après la fin du djihad afghan

Les financements américains furent brusquement interrompus en 1989, au lendemain du retrait des troupes russes d’Afghanistan. Aguerris mais divisés en groupes nationaux, les Arabes afghans étaient orphelins et s’entredéchiraient à Peshawar. Seuls les camps d’entraînement avaient été conservés par l’ISI pour servir aux mudjahidin d’Afghanistan et du Cachemire. En 1990, Oussama Ben Laden retourna en Arabie Saoudite. Plusieurs mois plus tard, alors que Saddam Hussein venait d’envahir le Koweït, il proposa de mettre sur pieds une armée de vétérans arabes du djihad afghan afin de défendre le royaume contre la menace irakienne. La famille royale saoudienne rejeta son offre et invita un demi million de soldats américains et occidentaux dans le pays pour protéger la dynastie. Les forces « infidèles » lancèrent l’opération « Tempête du désert » contre l’Irak. Leur présence sur la terre des deux Saintes Mosquées reçut la bénédiction des principaux oulémas saoudiens, dont le cheikh Abdelaziz b. Baz, grand mufti du royaume, ainsi que celle du cheikh d’al-Azhar au Caire. Des leaders religieux saoudiens et d’autres voix protestataires furent réprimés et emprisonnés. Ben Laden était parmi eux. Placé en résidence surveillée, il put quitter le pays pour le Soudan en 1991. Il avait seulement 34 ans.
Au cours des cinq années suivantes, Ben Laden s’installa dans un vaste campement bien gardé, à l’extérieur de Khartoum, sous la protection d’un régime militaire soudanais qui à l’époque était lié au leader islamiste radical Hassan al-Turabi. D’autres Arabes afghans le rejoignirent, notamment l’Egyptien qui allait devenir son principal associé, Ayman al-Zawahiri. Poursuivant ses activités d’homme d’affaire, Ben Laden semble également avoir organisé l’entrée en Somalie de vétérans d’Afghanistan. Il proclamerait plus tard que c’était eux, les « véritables » mudjahidin, qui avaient porté le coup décisif aux troupes américaines arrivées en 1993 sous le patronage des Nations Unies et bientôt rapatriées après quelques défaites humiliantes. Il est presque sûr que Ben Laden a également soutenu l’opposition clandestine au régime de Riyad. Les autorités saoudiennes tentèrent à plusieurs reprises, sans succès, de le faire assassiner. En 1994, ils retirèrent sa nationalité. A la fin de la même année, il répliqua dans sa première grande déclaration publique : une critique de la bénédiction accordée par le grand mufti b. Baz aux accord d’Oslo, diffusée à partir de Londres et du récent Comité de Conseil et de Réforme (Advice and Reform Comittee), une expression de l’indignation des musulmans radicaux face à l’« apostasie » des dirigeants arabes collaborant avec l’Occident.
Six mois plus tard, le président égyptien Husni Mubarak échappait de peu à une embuscade au cours d’une visite d’Etat en Ethiopie. Lorsque la piste des responsables fut remontée jusqu’au Soudan, Washington et le Caire s’associèrent à Riyad pour réclamer de Khartoum l’extradition de Ben Laden. En mai 1996, celui-ci repartit en Afghanistan avec son entourage, se réfugiant dans les montagnes de Tora Bora, au nord de Jalalabad. En septembre, les Taliban prirent Kaboul et imposèrent en deux ans, avec le soutien du Pakistan, le régime le plus unifié que le pays ait connu depuis la chute du régime communiste. Profitant de relations de respect mutuel, sinon toujours chaleureuses, avec les Taliban, Ben Laden se mit à organiser les ressources, les finances, l’entraînement et la protection requis pour rassembler de jeunes combattants décidé à défendre l’islam. En même temps, il entreprit de communiquer auprès d’un plus vaste public, accordant des interviews et proclamant début 1998 la création d’un Front islamique mondial avec al-Zawahiri et deux islamistes Pakistanais réputés. Six mois plus tard, des attentats simultanés contre les ambassades américaines en Kenya et en Tanzanie tuaient plus de 200 personnes. C’est là le premier grand acte de terrorisme imputable sans restriction à ben Laden. L’administration Clinton rejeta des propositions d’extradition hors d’Afghanistan. Elle préféra lancer une attaque de missiles contre la base de Khost en août 1998, cherchant mais échouant à tuer Ben Laden. Il était désormais mondialement célèbre. Trois ans plus tard, des activistes d’al-Qaïda détournaient quatre avions aux Etats-Unis et détruisaient le World Trade Center et une partie du Pentagone dans des opérations-suicide tuant 3000 personnes, des Américains pour la plupart.

L’organisateur

Il fallut attendre 2004 pour que Ben Laden reconnaisse publiquement son rôle dans la préparation et l’organisation des attentats du 11 septembre, bien que peu aient mis en doute son implication dans ce gigantesque acte terroriste. La réponse de l’administration Bush ne fut pas longue à venir. Un mois après les attentats, l’opération « Enduring Freedom » se traduisait par les plus lourds bombardements depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, battant les Taliban à plates coutures et facilitant la conquête de l’Afghanistan par Pakistan interposé. Principale cible de la campagne militaire, Ben Laden échappa à la capture, ainsi que le chef des Taliban, le mullah Omar. Réfugié non loin de la frontière afghano-pakistanaise, Ben Laden continue de défier toutes les tentatives de mettre la main sur lui, en dépit d’une mise à prix de 50 millions de dollars et de coups de sonde expéditifs des forces pakistanaises et américaines. La capacité d’action hors du monde arabe du réseau plastique des partisans rattachés à al-Qaïda a été considérablement affaiblie, mais non anéantie, comme l’ont montré les attentats de Madrid en février 2004 et de Londres en juillet 2005. Au Moyen-Orient, par ailleurs, l’invasion anglo-américaine de l’Irak a créé un sol propice au recrutement pour le djihad contre l’Occident tel que Ben Laden le conçoit. Bien que physiquement coupé du champ de bataille mésopotamien, il y fait entendre sa voix, enregistrée sur cassettes ou diffusée par les télévisions satellites, inspirant apparemment bien des attentats violents lancés contre les occupants et leurs alliés locaux. Bien que réfugié quelque part dans l’Hindu Kush, il a publié une série de messages aux Irakiens, aux Européens et aux Américains, messages qui soulignent qu’il reste une force avec qui il faut compter.
Mais quel type de force ? Nous n’avons que de brefs aperçus de la personnalité de Ben Laden, et bien des choses restent mystérieuses. Il est évident que parmi ses premiers associés, bien peu voyaient en lui un chef potentiel. Le nouvel ambassadeur saoudien à Washington se souvient de lui comme d’« une personne très timide, très effacée, extrêmement avare de ses mots et, en règle générale, un perfectionniste (5) ». Se peut-il que quelque chose de l’esprit de son père l’ait mû dès le départ ? Mohammed Ben Laden, né de rien, avait amassé une immense fortune à l’ombre des Al Saoud récemment enrichis, au long d’une carrière pour le moins risquée. Ben Laden se révélera tout aussi tête brûlée que son père, mais d’une autre manière. Sortant du rang docile des musulmans, au sein d’un ordre mondial dominé par l’Occident, il rassembla des croyants pour poursuivre le djihad et non la fortune, au delà de toutes les promesses de prospérité, de réussite professionnelle et de confort familial. Dans son genre, il paraît avoir hérité de la plupart des dons de son père. Agé d’une vingtaine d’année à peine, il semble avoir été le patron habile de la vaste entreprise de construction familiale, mettant en oeuvre des compétences organisationnelles qu’il utiliserait ensuite pour drainer financements et matériels saoudiens vers l’Afghanistan. La création d’un réseau international d’activistes et l’organisation logistique complexe du 11 septembre, réalisée avec son petit groupe d’associés, peuvent être vus comme le sommet de sa carrière.

Le polémiste
 
Mais ces dons d’organisation, bien qu’amplifiés par les ressources financières dont il disposait, n’auraient pu à eux seuls lui donner la place qu’il occupe aujourd’hui dans le monde musulman. Il les doit à d’autres qualités. Ben Laden n’est pourtant pas un penseur original. La plupart de ses idées proviennent des écrits de ses aînés, notamment de l’ouvrage d’Abdallah Azzam Défendre la terre des musulmans est le premier devoir de chacun qui, publié en 1985 à Peshawar, posa les fondements intellectuels du djihad individuel contre l’Occident. Ben Laden n’est pas non plus un théologien exceptionnel : lui manque la maîtrise des subtilités textuelles dont jouissent les exégètes wahhabites en Arabie, ou leurs homologues azharites du Caire. Il est néanmoins au fait des écrits et écoles de pensée islamiques classiques et les utilise habilement. Il se déplace avec facilité dans le Coran, qui est un livre de sagesse utilisable au quotidien, une ressource où même les analphabètes peuvent puiser leur force de musulmans pieux ou de partisans du changement radical d’un monde où ils cohabitent avec difficulté avec d’autres croyants moins engagés. Ce niveau d’éducation religieuse, bien réel sinon exceptionnel, est le fondement de l’autorité légale de ses prises de position. Mais ce sont indéniablement ses dons littéraires qui leur donnent leur force et leur caractère unique. Ben Laden s’est attiré bien des épithètes (fanatique, nihiliste, fondamentaliste, terroriste), mais ce qui le distingue de ceux qu’on étiquette ainsi est d’être d’abord et avant tout un polémiste. Les déclarations très variées réunies dans ce livre sont presque toutes construites comme des débats avec des opposants et des interlocuteurs réels ou imaginaires.
Les arguments polémiques sont des arguments tactiques – « parler pour vaincre », comme Boswell disait au sujet du président Johnson. Et Ben Laden prend des libertés avec la logique ou l’appareil de preuves, bien qu’il ne puisse aller trop loin sans perdre tout pouvoir de persuasion. Les polémiques de Ben Laden doivent en outre être référées à des genres islamiques peu connus en Occident. Comme le linguiste Flagg Miller l’a noté, ces genres incluent au moins cinq catégories du discours public musulman : la déclaration, le fatwa ou décret juridique, la conférence, l’aide-mémoire écrit et l’épître. Ben Laden ne cherche pas à se conformer aux règles de chaque genre, mais navigue avec adresse entre eux. Cette aptitude à la manœuvre rhétorique « permet à Ben Laden de trouver sa légitimité dans différentes espèces d’autorité religieuse (6) ». Si ses fatwas sont de tonalité plus générale et programmatique, ses déclarations et épîtres s’adressent à des groupes spécifiques – non seulement des partisans ou des ennemis dans le monde musulman, mais aussi des Européens et des Américains. Dans chaque cas, le registre polémique est ajusté au public visé. Mais ces messages sont composés avec les mêmes dons littéraires. Ils n’ont pas forcément été écrits par le seul Ben Laden, et nous avons des raisons de penser qu’en certains cas d’autres mains ont participé à l’élaboration du texte définitif. Mais il est évident que ces messages ne sont pas de ces écrits ectoplasmiques livrés par des « nègres » à la plupart des hommes politiques occidentaux et à leurs homologues moyen-orientaux. Ils parlent de la voix authentique et irrésistible d’un visionnaire, d’un homme armé de ce qu’on est contraint de nommer un puissant lyrisme. Bernard Lewis, qui n’est pourtant pas un ami de l’islam radical, dit d’un discours de Ben Laden reproduit ici qu’il est « un magnifique morceau de prose arabe éloquente et même parfois poétique (7) ». La réputation de Ben Laden dans le monde musulman est indissociable de ses talents littéraires.

Le héros

Après l’organisateur et le polémiste il y a, enfin, le héros. Pour des Occidentaux qui voient en lui l’incarnation du Mal, ceci pourrait sembler le comble de la perversité. Mais pour des millions de musulmans dans le monde, y compris ceux qui n’éprouvent aucune sympathie pour le terrorisme, Ben Laden est un personnage héroïque. Son charisme international n’est pas seulement fondé sur sa faculté à échapper aux Américains et à leurs alliés, tout exaltante qu’elle soit pour bien des musulmans ordinaires. Il tient aussi à sa réputation personnelle de probité, de frugalité, de dignité et de courage, qui contraste singulièrement avec les malversations et l’incompétence de la plupart des régimes arabes. A leur différence, Ben Laden a montré qu’il savait résister à l’appât du gain, qu’il osait s’attaquer à de puissants fauteurs de trouble et qu’il ne s’inclinait pas devant une force supérieure. « Pour des millions de musulmans, Ben Laden est un héros islamique, un modèle de foi et presque un Saladin des temps modernes : parce qu’il défend l’islam, qu’il est pieux, courageux, intègre et généreux », écrit Michael Sheuer, chef de l’unité de la CIA chargée de pourchasser Ben Laden. « Depuis maintenant une décennie, Ben Laden a fait preuve de patience, d’un sens aigu de la planification et des ressources humaines, de dons tactiques et stratégiques. Il a montré des traits de caractère admirables, de l’éloquence, et s’est donné des buts de guerre précis et limités. A ma connaissance, il n’a jamais agi ou parlé d’une manière qui pourrait être décrite comme extrêmement irrationnelle. » Et de conclure que, malgré la terreur semée par ses actes, « selon toutes les informations dont nous disposons, il n’y a aucune raison de penser que Ben Laden soit autre chose que ce qu’il apparaît : un musulman pieux, charismatique, noble, généreux, doué et courageux. Comme personnage historique et quel que soit le point de vue adopté, Oussama Ben Laden est un grand homme, quelqu’un qui court-circuita les développements attendus de la paix d’après Guerre froide (8) ». Ces effusions disent sans aucun doute l’admiration qu’un professionnel éprouve à l’égard d’un ennemi particulièrement talentueux – on trouve la même exagération dans les écrits de l’historien britannique Liddell Hart sur les généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale. Mais, abstraction faite de leur caractère hyperbolique, de telles déclarations de la CIA sont frappantes : elles suscitent une réflexion plus poussée sur l’homme qui se cache derrière d’aussi nombreux masques.

Un terrorisme réactif

Comment réconcilier ces éloges, venant d’amis aussi bien que d’ennemis, avec les actes dont Ben Laden s’est rendu responsable ? Et tout d’abord, l’Occident a-t-il tort de le nommer « terroriste » ? Ses messages le disent clairement : de son propre chef, la réponse est non. Ben Laden admet pratiquer des actes de terreur. Mais ses discours montrent toujours que c’est là une terreur réactive, une réponse à ce qu’il perçoit comme une terreur plus grande, celle qu’exerce l’Occident depuis une période de temps incomparablement plus longue. Les définitions données au terrorisme varient énormément : il est bien connu que certains « combattants de la liberté », reconnus comme des hommes d’Etats respectables, ont autrefois été des « terroristes » responsables de la morts de civils innocents – par exemple les dirigeants israéliens Begin et Sharon. Dans ce sens, la principale innovation de Ben Laden est de fomenter des actes terroristes à des milliers de kilomètres des terres qu’il cherche à libérer. Mais ce ne sont là, insiste-t-il, que des actes de représailles contre d’innombrables actes d’agression commis au préalable par l’Occident dans le monde musulman, à des milliers de kilomètres des terres chrétiennes. Depuis deux cents ans maintenant, l’Umma (la communauté musulmane globale) est attaquée, de la première invasion française de l’Egypte dans les dernières années du 18e siècle et de la prise du Maghreb au 19e siècle aux assauts britanniques en Egypte et italiens en Libye, à la domination britannique et française sur l’ensemble du Moyen-Orient à la fin de la Première Guerre mondiale, au soutien à la colonisation juive en Palestine, à la subornation de dirigeants faiblement indépendants dans la péninsule arabique – et jusqu’au contrôle américain de l’ensemble de la région.
Est-ce là une description exagérée de la relation déséquilibrée entre l’Occident et le monde musulman ? Il n’y a pas de bases militaires arabes au Texas ou en Californie, pas de mercenaires arabes stationnés en Grande-Bretagne ou en France, pas de flotte arabe dans le golfe du Mexique, aucune colonisation du Middle West n’est encouragée par les Etats arabes. Tous les actes d’agression et de violence sont orientés historiquement dans la même direction. Ces agressions n’excusent pas les actes de terreur de Ben Laden, qui sont abominables aux yeux non seulement des Occidentaux, mais aussi de nombreux Arabes. Il n’en reste pas moins qu’au Moyen-Orient, rares sont ceux qui peuvent oublier les morts bien plus nombreux produits par des siècles de domination occidentale. Les victimes de Ben Laden sont peut-être 5 000 – à peu près la moitié du nombre de civils morts, nous dit-on, sous les bombes américaines en Afghanistan. Et Ben Laden ne cesse de souligner que de mémoire d’homme, l’Occident a ravi un bien plus grand nombre d’existences dans la région. L’utilisation généreuse des gaz et les bombardements aériens de villages irakiens ordonnés par Winston Churchill dans les années 1920, l’écrasement des révoltes palestiniennes dans les années 1930, la guerre coloniale française en Algérie dans les années 1950 et 1960 ont été suivis par la malnutrition et les maladies décimant les enfants irakiens dans les années 1990 à la suite des sanctions de l’ONU. Toujours attentif au principe de réciprocité, Ben Laden fait largement fond sur l’énormité des souffrances irakiennes. Il exagère leur ampleur : commençant avec 600 000 victimes, il finit avec un million et demi, tandis que les chiffres véritables sont environ de 500 000. Mais il tombe juste lorsqu’il évoque l’écrasante disproportion du nombre de tués entre les deux camps. « Puisque vous avez tué », dit-il aux Occidentaux, « nous devons tuer. Nos innocents ne sont pas moins innocents que les vôtres. » Et peu de ses déclarations sont aussi stupéfiantes que celle de Madeleine Albright estimant que le massacre de 500 000 enfants irakiens « valait la peine » pour l’Occident. Même si rien ne pourra jamais justifier le meurtre d’innocents commis en forme de représailles par Ben Laden, l’indifférence des dirigeants occidentaux aux atrocités commises contre les musulmans aide à comprendre pourquoi, en dépit de la répugnance généralisée que suscite le terrorisme, Ben Laden continue d’être l’objet d’autant d’admiration, parfois de confiance, chez les gens ordinaires au Moyen-Orient (9).

Un anti-impérialisme ?

Doit-on alors décrire Ben Laden comme un combattant anti-impérialiste mis au goût de l’ère de l’information ? C’est l’avis de l’un des meilleurs sociologues, Michael Mann, qui écrit : « En dépit de la rhétorique religieuse et des moyens sanglants, Ben Laden est un homme rationnel. Il y une raison simple derrière ses attaques contre les Etats-Unis : l’impérialisme américain. Aussi longtemps que l’Amérique tentera de contrôler le Moyen-Orient, lui et des gens comme lui seront ses ennemis (10). » Le bon sens de ce jugement est évident. Objectivement parlant, Ben Laden mène une guerre contre ce que beaucoup – admirateurs aussi bien que détracteurs – nomment aujourd’hui l’empire américain. Mais il convient de noter que lui-même n’utilise jamais ce vocable. Le mot « impérialisme » n’apparaît dans aucun des discours qu’il a composés. Il définit autrement son ennemi. Pour lui, le djihad est mené non pas contre un imperium, mais contre l’« impiété globale ». Ses textes ne cessent de revenir à cette dichotomie fondamentale. La guerre est une guerre de religion. Elle comprend bien une guerre politique, qu’il mène avec un vocabulaire approprié, notamment lorsqu’il s’adresse aux peuples européens et américain. Mais l’ultime bataille est menée pour la foi.
Est-ce vraiment important, ou n’est-ce là qu’une question de vocabulaire ? Pour certains, l’utilisation guerrière que fait Ben Laden de l’autorité coranique est davantage qu’un masque pratique déguisant la réalité selon laquelle al-Qaïda serait la version arabe des Brigades Rouges ou des groupes d’extrême-gauche qui pratiquaient le terrorisme en Europe dans les années 1970 – leur successeur direct pour ainsi dire. Il est vrai que cette opinion est peu convaincante. Nul ne peut douter de l’intensité de la piété de Ben Laden. Plus sujette à débat est son orthodoxie. Depuis le début, ses détracteurs l’ont accusé d’utiliser sélectivement le Coran et la Sunna en vue d’objectifs incompatibles avec les intentions présentes derrière la parole de Dieu et les enseignements de Son Prophète. Il est vrai qu’on trouvera difficilement dans ses écrits trace des valeurs islamiques traditionnelles que sont la générosité, l’hospitalité ou la tolérance. Mais il est tout aussi vrai que rien ce qu’il a écrit ne sort du cadre de la réaction à l’agression, et qu’il peut trouver là de très forts soutiens théologiques. La jurisprudence islamique distingue en effet la guerre offensive (harb), campagne de conquête lancée officiellement contre les terres impies, et la guerre défensive (djihad), qui est une obligation individuelle pour tous les musulmans lorsque l’Umma est attaquée. Dans ce dernier cas, les thèses du juriste syrien Ibn Taymiyya, qui mobilisa au 14e siècle les croyants contre les ravages des invasions mongoles, fournissent le code de conduite ayant le plus d’autorité. Son fatwa dit : « La première obligation après la Profession de foi et de chasser l’agresseur ennemi qui s’en prend à la sécurité. »
Prenant cette injonction au sérieux, Ben Laden cite des passages du Coran qui autorisent selon lui une loi du talion généralisée, susceptible d’englober même le meurtre des infidèles innocents, à titre de vengeance pour le meurtre de croyants innocents. De la même manière, lorsqu’il aborde l’Etat moderne d’Israël, il évoque une tradition prophétique radicale ainsi que des passages du Coran, moins féroces mais tout aussi hostiles. Il serait tout aussi erroné de disqualifier ces références comme imaginaires que de croire qu’elles représentent l’opinion musulmane contemporaine. Pour tout ce que nous savons des meilleurs théoriciens politiques musulmans, il est concevable que certains d’entre eux aient aussi appelé au djihad pour expulser les infidèles de la terre des deux saintes mosquées. Mais une lecture aussi sélective des sources théologiques et extra-théologiques passe à côté de la conscience de la grande majorité des musulmans d’aujourd’hui, pour qui une guerre sans pitié au nom du djihad n’est ni le seul ni le meilleur moyen de faire preuve de loyauté islamique.

Deux erreurs de calcul

Que dire alors de la cause pour laquelle Ben Laden est prêt à sacrifier sa propre existence ? Il est clair qu’il fut à l’origine poussé dans cette entreprise immensément ambitieuse par la confiance née de la victoire afghane des mudjahidin contre l’Armée Rouge, puis par le retrait en 1993 des forces américaines de Somalie. Si une super-puissance avait pu être défaite, et même finalement détruite, par des combattants de la foi, pourquoi l’autre super-puissance ne le serait-elle pas, elle qui avait prouvé sa faible endurance à Mogadishu ?
Mais ce rêve était fondé sur deux grandes erreurs de calcul. Comme bien des révolutionnaires – les Russes après 1917, les Cubains après 1959 –, Ben Laden et ses associés ont ignoré les conditions spécifiques qui ont permis leur victoire dans une société donnée, et se sont figuré que cette victoire pouvait être reproduite à l’identique dans d’autres sociétés. C’était oublier que l’Afghanistan n’est semblable à nul autre pays du Moyen-Orient : économiquement et culturellement bien moins développé, ethniquement plus divisé, géographiquement moins accessible, ses traditions de guerre des montagnes et de résistance à l’envahisseur sont uniques. Et ces qualités elles-mêmes n’auraient pas permis aux mudjahidin de l’emporter sans un financement américain massif, des livraisons d’armes et le plein soutien de l’Etat pakistanais. On l’a vu, Ben Laden répugnait à admettre l’ampleur de cette assistance ; plus tard, il surestimerait de la même façon la capacité des Taliban, privés de tout soutien extérieur, à affronter l’assaut américain. L’expérience afghane ne pouvait pas être mécaniquement réitérée ailleurs ; elle était plus vulnérable qu’il ne l’imaginait. Quant à la Somalie, l’intervention inconsidérée des Américains – une opération de relations publiques plus qu’une opération stratégique – ne permettait pas de jauger les pouvoirs du Pentagone. L’Afghanistan et la Somalie semblent avoir eu pour principal effet de tromper Ben Laden au sujet de la « couardise » et de la « faiblesse » américaines.
Son projet religieux est lui-même lié à ces erreurs de calcul. L’un de ses traits les plus étonnants, qui traverse tous ses textes, est l’absence de toute dimension sociale. Ben Laden s’est coupé de l’analyse qui lui aurait permis de distinguer les différentes composantes des sociétés musulmanes où l’attrait du djihad devait être suscité, ce qui le fit hésiter à décliner la notion d’« un, deux, trois, plusieurs Afghanistans ». Il dénonce moralement une foule de maux. Certains, le chômage, l’inflation et la corruption, sont sociaux. Mais aucune conception alternative d’une société idéale n’est jamais présentée. Il manque presque totalement d’un programme social. Ce trait seul suffirait à distinguer Al-Qaïda. L’absence de toute série de propositions sociales ne distingue en effet pas seulement Al-Qaïda de la Faction Armée Rouge ou des Brigades Rouges, auxquelles on l’a parfois – à tort – comparée. Elle la distingue également, de façon plus significative, de la vague précédente d’islamisme radical, dont le penseur principal était le grand iconoclaste Sayyed Qutb. Au lieu du social, Ben Laden hypertrophie le sacrificiel. Ses messages ne brossent que rarement le tableau du triomphe final. Son emphase se déverse sur les gloires du martyre plus que sur l’exaltation de la victoire. La récompense est essentiellement à chercher dans l’Au-delà. C’est là une croyance très pure et très intense, qui peut communiquer à ses partisans un degré de passion et de conviction qu’aucun mouvement séculariste n’a jamais éveillé dans le monde arabe. Mais cette croyance est également étroite et limitée : elle ne peut que faiblement inspirer la grande masse des croyants, qui demande plus que des citations théologiques, des transports poétiques ou des injonctions binaires. Par-dessus tout, personne n’est aujourd’hui pressé de restaurer le Califat. Ben Laden semble bien parfois reconnaître le caractère futile de sa quête de la restitution. Il ne pose néanmoins aucun horizon positif à son combat. Il jure bien plutôt que le djihad continuera jusqu’à ce que « nous rencontrions Dieu et méritions Sa bénédiction » !

La force de Ben Laden

En dépit de cette insigne faiblesse, la force de l’appel de Ben Laden est loin d’être épuisée. La raison en est très claire : non seulement les abus occidentaux au Moyen-Orient, qui donnent au mouvement de Ben Laden son pouvoir moral, n’ont pas faibli depuis qu’il a lancé son combat, mais ils ont encore été aggravés par l’occupation anglo-américaine de l’Irak, qui rappelle l’humiliation, la destruction et le chaos bibliques s’abattant sur le troisième pays le plus sacré de l’Umma (après les deux lieux saints et Jérusalem). Si avant le mois de mars 2003 les musulmans ordinaires mettaient en doute les desseins assignés par Ben Laden à l’Occident, bien peu doutent encore aujourd’hui. Dans le paysage infernal créé par l’ébranlement de l’Irak, des combattants inspirés par ses sermons prolifèrent et mènent des opérations suicide aux côtés d’une résistance nationaliste qui a appris à coopérer avec eux. Les rangs des djihadis sont alimentés par chaque semaine passée par les forces américaines et alliées en Irak. Le carnage cessera-t-il avant que ces forces soient chassées ou négocient une façon honorable de se retirer ?
Le propre destin de Ben Laden reste incertain. A moins qu’il meure de sa belle mort, il semble inévitable qu’un jour ou l’autre il sera pris. S’il est capturé vivant, il sera sans doute tué sur place, comme Che Guevara il y a quarante ans. Car ceux qui le poursuivent savent qu’il serait inutile de le torturer pour le faire parler, puisqu’ils tiennent déjà ses lieutenants ; tandis que son procès serait source de grands embarras pour ceux qui tenteraient de le juger, étant donnés ses pouvoirs d’éloquence et leur propre casier judiciaire. Ben Laden n’est pas troublé par l’idée de sa fin :

Laissez-moi mourir en martyr
Au creux d’une haute montagne
Parmi des chevaliers qui
Unis dans la dévotion
Fondent sur les armées

Ces vers, qui concluent son Sermon pour la fête du sacrifice (14 février 2003), pourraient constituer l’épitaphe de Ben Laden.
Comme celle de Guevara, sa légende posthume continuera à inspirer d’autres « chevaliers », jusqu’à ce que des héros différents, plus humains, parviennent à capter l’idéalisme des jeunes musulmans et à trouver de meilleurs voies, non seulement pour libérer leurs patries, mais aussi pour montrer aux libérés un futur plus brillant.

(Professeur de religion à l’Université de Duke, Bruce Lawrence est l’auteur de : New Faiths, Old Fears. Muslims and Other Asian Immigrants in American Religious Life ; Shattering the Myth, et de : Defenders of God. The Fundamentalist Revolt Against the Modern Age.)

 

Notes

1 -  C’est l’une des thèses soutenues par Gilles Kepel et alii dans Al-Qaïda dans le texte, PUF, 2005.
2 -  On pourra notamment lire : Anonymous, Through our Enemies’ Eyes. Osama Bin Laden, Radical Islam, and the Future of America, Brassey, Washington, 2001; Bob Woodward, Bush at War, Simon & Schuster, New York, 2002 ; Robert Baer, See No Evil. The True Story of a Ground Soldier in the CIA’s War on Terrorism, Three Rivers Press, New York, 2002 ; Anonymous-Michael Scheuer, Imperial Hubris. Why the West is losing the War on Terror, Potomac Books, Washington, 2004.
3 -  Messages to the World. The Statements of Osama Bin Laden, publiés et prefacés par Bruce Lawrence, traduits par James Howarth, Verso, New-York et Londres, 2005.
4 -  Le titre et les intertitres ont été ajoutés par le traducteur.
5 -  “Questions for Prince Turki al-Faisal”, The New York Time Magazine, 28 août 2005, p. 11.
6 -  W. Flagg Miller, « On the summit of the Hindu Kush : Osama bin Laden’s Declaration of War reconsidered », conférence donnée en mars 2005 à l’Université du Michigan; cité avec la permission de l’auteur (N. d. A.).
7 -  Bernard Lewis, « License to Kill », Foreign Affairs, novembre-décembre 1998.
8 -  Anonymous-Michael Sheuer, Imperial Hubris, op. cit., p. 104, 114, 168 et 103.
9 -  Le sondage Pew Trust Global Attitudes publié le 23 juin 2005 montre que, tandis que les musulmans sont inquiets des conséquences de la guerre contre la terreur pour eux-mêmes et pour leurs proches, un nombre surprenant de musulmans fait néanmoins confiance à Ben Laden et à ses projets mondiaux. Les seize pays couverts par le sondage ne comprennent ni l’Arabie Saoudite, ni l’Irak, où le soutien à Ben Laden est semble-t-il encore supérieur (N. d. A.).
10 -  Michael Mann, Incoherent Empire, Verso, New York et Londres, 2003, p. 169.

Par Pascal Ménoret - Publié dans : Traductions
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
faire un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus