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Traductions

Vendredi 5 janvier 2007

Traduit de l'arabe par Pascal Ménoret

Muhanna al-Hubayl

Cet article, publié par le quotidien qatari Ash-Sharq al-Qatariyya le 19 octobre 2005, analyse l'une des politiques les moins discutées de la "guerre contre la terreur", à savoir la fermeture de nombreuses fondations caritatives et associations islamiques - notamment saoudiennes. Muhanna al-Hubayl, islamiste saoudien emprisonné pendant une année pour avoir fondé une association indépendante, y montre la violence bien réelle qui découle d'une mesure présentée par les media occidentaux comme "positive" et "consensuelle". Il y livre aussi sa définition, concise et puissante, de l'islamisme contemporain.


Quarante mille morts, plus de soixante mille blessés, des provinces entières sinistrées dans les montagnes du Cachemire où aucune équipe de secours n’arrivera jamais, des femmes qui creusent le sol à pleines mains pour nourrir leurs enfants, des familles ensevelies sous leur maison, des villages pulvérisés – il n’est de force et de puissance qu’en Dieu.

Face à ces scènes d’horreur et à l’énorme séisme qui a frappé nos frères au Pakistan, notre blessure est d’autant plus profonde et notre sang bout d’autant plus fort que nous ne pouvons pas tendre une main secourable aux sinistrés. Pourquoi ?

Parce que les fondations caritatives et les associations de bienfaisance du monde arabe et islamique ont été gelées et prises en otage par les Américains. Parce que tout geste de leur part, tout don qui leur est versé, toute aide apportée à une mère qui a perdu ses enfants, à un enfant orphelin, aux malades et aux blessés est à leurs yeux la preuve irréfutable de « notre terrorisme ». Ainsi a été ligotée une nation forte d’un milliard d’hommes. Comment cela s’est-il produit ?

Que pensez-vous que l’Union européenne fit lorsque l’IRA frappa le cœur de Londres, ses magasins et ses rues, éparpillant les corps et répandant la desolation ? En a-t-elle profité pour priver le peuple irlandais de ses associations de bénévoles, pour les placer sous surveillance, les accuser, geler leurs avoirs et poursuivre leurs employés ? Bien sûr que non ! Il s’est passé exactement le contraire, et le Shin Fein, la branche politique de l’IRA, y a gagné en force politique : à l’époque des attentats, Gerry Adams, son leader et son porte-parole pouvait, sous la tutelle des Américains, exprimer le point de vue de la branche politique de l’IRA !

Les Américains nous ont étranglés, opressés, ils ont piétiné notre humanité, nous privant du droit aux secours, et même du premiers des droits : le droit à l’émotion. Serait-ce parce que nous sommes musulmans ? Oui, oui et encore oui.

N’est-ce pas ce qui a été promis par un certain discours : il n’y aura de secours, de miséricorde, d’aide que sous la bannière de l’évangile (1) ? Et naturellement pas l’Evangile de notre Seigneur le messie (sur Lui la paix !), loin de là ! Mais bien sous la bannière de l’évangile selon la Maison Blanche, qui traite les hommes comme un troupeau, donnant à celui-ci le droit de vivre, imposant à celui-là le droit de mourir. C'est là son credo et sa foi. Car selon son évangile, nous sommes des apostats.

Fort heureusement, nous avons trouvé une plate-forme commune avec les voix humanistes occidentales – le maire de Londres ou les mères de soldats américains – pour dénoncer le terrorisme véritable, pour dénoncer ceux qui ont allumé l’incendie qui ravage nos terres.

Je me souviens que ce n’est qu’au mois de Ramadan dernier que j’ai appris, depuis ma cellule, la destruction de Falloudja quatre mois plus tôt, alors qu’aucune organisation arabe ne pouvait plus porter secours aux Arabes sunnites. Si le gouvernement turc n’avait pas exercé de pressions, nos frères turkmènes n’auraient eux non plus reçu aucune aide. Gloire à Dieu qui leur a tendu une main secourable. Quant aux Arabes sunnites, seul l’évangile selon la Maison Blanche leur est bon s’ils s’y convertissent.

Les images vues l’an dernier se répètent : à peine descendu d'un hélicoptère de l'armée américaine, Hajem al-Husni (2) circule aujourd'hui dans les rues de Falloudja parmi les épaves éparpillées, aux côtés d’un officier américain. Sous l’image on peut lire cette légende : « Les deux hommes inspectent la situation humanitaire à Falloudja » !

C’est ainsi qu’agit l’aide américaine, que de bons Samaritains distribuent. La « direction » du Parti islamique irakien a également reçu la bonne nouvelle du sauvetage de la Constitution - ce dont la base du parti se lave les mains. Malheur et aux secouristes et aux secourus !


1 - C'est par exemple le discours du prêcheur évangélique (et ami de George W. Bush) Franklin Graham, dont l’association caritative « La bourse du Samaritain », présente en Irak, a pour slogan : « Servir l’Eglise dans le monde entier pour promouvoir l’Evangile de notre seigneur Jésus-Christ » (cf. « Briging Aid and the Bible », The Guardian, 4 avril 2003). (NdT)
2 - Représentant du Parti islamique irakien, il a participé aux négociations autour de la reddition de Falloudja. (NdT)

 

Par Pascal Ménoret
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